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dimanche 27 mars 2016

Chacun sa route, chacun son chemin

Chacun sa route, chacun son chemin.


C'est curieux de voir sur les blogs de navigation, que fort peu de skippers parlent de leurs erreurs; pourtant je ne pense pas être le seul à me tromper et ce n'est pas la première fois, non plus.

Il y a une vingtaine d'année j'avais décidé d'hiverner mon bateau sur le canal reliant Anvers à Bruxelles, à Boom pour être précis. A cette époque il y avait un pont à élévateur, qui devait se lever pour laisser passer les voiliers. Le pont était actionné le week-end sur commande spéciale. Je fis donc la demande pour 10h du matin et me rendi à bord vers 9h, malheureusement le bateau était enlisé dans la vase, j'essayais par tous les moyens de le faire bouger, la montre tournait. Soudain, je vois le pont qui se lève… dans un ultiùme geste de désespoir, je met pleins gaz et le bateau se détache. Anvers nous voilà. Je passe le pont, remercie le grutier d'un geste de la main. Cinq minutes plus tard je me rend compte que je ne reconnais pas l'endroit, le canal passe au Centre d'une ville. Je hèle un passant: “Pardon Monsieur Anvers c'est bien par là?” “Non par là c'est Bruxelles”. Un brusque demi-tour me remet sur le “droit” chemin. Depuis les Frères de la Côte m'ont donné le sobriquet de “Tourneboussole” (bien mérité je dois dire.

En fait il ne faut :
- pas grand chose pour commettre une erreur; avoir la convictiond'être dans le vrai
- et pas grand chose pour l'éviter; regarder son compas, par exemple.

Transat 2016

 

 

Lors de la dernière Transat, certains se sont étonnés à juste titre de l'étrange itinéraire que j'avais pris et qui me relégua vers la fin du peloton. Je vais donc vous expliquer mes erreurs.

Quelques jours avant le départ, mon ordinateur rendi l'âme et je du l'amener à la réparation. Comme souvent dans ces cas là, le technicien efface une série de fichiers qui lui semblent superflu (qu'en sait-il ?) Mais l'ordi fut réparé en dernière minute. Nous partimes donc avec (croyais-je) une informatique déficiente et sans nous être abonné au tracking, qui devait nous livrer quotidiennement la position de tous les autres bateaux.

Je vous rappelle que l'Atlantique est une sorte d'énorme rond-point où les vents tournent autour de l'anticyclone des Açores, dans le sens des aiguilles d'une montre. Au sud les vents soufflent d'Est en Ouest et au Nord d'Ouest en Est. Cet anticyclone n'est pas toujours sur les Açores mais se déplace du Sud au Nord selon les saisons.

Traditionellement, au mois de janvier, trois routes sont possibles:
La route du Sud, qui consiste à déscendre sud jusqu'à presque les îles du Cap Vert avant de tourner vers l'ouest.

La route directe qui consiste à tracer directement sa route depuis les Canaries. Route la plus courte, mais réservée principalement aux bateaux de course.

Et la route médiane qui passe entre les deux. On descent moins Sud que le Cap vert avant de piquer sur la Martinique. Cette route aurait été favorable en janvier si il n'y avait pas Alex.


 Alex est un Ouragan qui, chose unique, s'est formé sur l' Atlantique et a touché les Açores. C'est une première pour le mois de janvier et bien entendu çà a boulversé la climatologie. Sans savoir qu'il s'appelait Alex, nous savions avant le départ que la situation serait exceptionnelle et elle le fut. Mais ne cherchons pas d'excuse, Je vous disais, qu'il suffit de la conviction d'être dans le bon pour se tromper.

En fait, nous avons pris un bon départ et par la suite nous étions le plus à l'Est des autres membres du rallye, qui (je les voyais) longeaient les côtes de l'île de Teneriffe. Mon idée à ce moment là était de faire la route Sud, mais sans pourtant aller jusqu'à Mindelo (Cap Vert); deux raisons à celà, je puis le confesser:
1. La route est plus longue et
2. Pauline souffrait très fort de mal de mer, je ne voulais pas prendre le risque de la voir débarquer ce qui compromettrait la suite de la traversée… ouf! Voilà qui est avoué.

Le lendemain matin, plus un seul bateau à notre tribord, (je vous rappelle que je n'avais pas la réception du tracking à ce moment là, pas plus que les gribs météo). Pour moi, la raison était évidente, les bateaux avaient tournés vers l'Ouest au Sud de Ténériffe, empruntant alors la route directe. La voilà la (fausse) conviction ! Fort de cette “connaissance”, je décide de ne pas faire comme eux et de ne pas tourner ver l'Ouest avant la fin de l'archipel des Canaries. Les circonstances étaient difficiles car il n'y avait pas de vent … dans ma tête j'étais donc le plus au Sud de toute la flotille.

A peine passé El Hierro, je décide donc de mettre de l'ouest dans mon Sud, afin de trouver l'alizée, (ce qui est trop tot) toujours persuadé que j'étais d'être le plus au sud de toute la flotille. J'envoie un e-mail à mon frère Serge afin qu'il me donne la position (lon lat) où commence l'alizée, mais il a difficile de me donner une position précise… Je décide donc de mettre de l'ouest dans mon Sud et me retrouve pour des journées entières encalminé, pas de vent avec une mer croisée fort inconfortable. Comme je ne voulais pas m'arrêter au Cap Vert, pour les (mauvaises) raisons mentionnées ci-dessous, je ne pouvais utiliser mon moteur à plus de 1700 tours soit une vitesse de 3nds au lieu des 5nds habituels. On se traine, on bringueballe dans tous les sens. Petit à petit, je remets l'informatique en état, je eçois donc la position ds “autres” je suis le plus au Nord (et non au Sud comme je le croyais) et l'ouragan Alex a littéralement sucé tous le vent à notre latitude.

Donc, il ne restait plus qu'à defendre notre honneur, ne pas arriver dernier… ce qui fut fait.


Par: Destinations - 27.3.16

dimanche 20 mars 2016

Psychologie des équipages arrivés.




En 1992, dans une interview au Sri Lankan Times, je disais:
« Au cours d'une traversée océanique, après quelques heures, on ne voit plus la côte. Le bateau devient alors un microcosme, un pays en soi, avec ses règles, son relationnel, , ses problèmes, ses joies et ses peines.
Aucune échapatoire possible ; 3,4 ou 5 personnes partagent le même destin, face à face, jour après jour, jouant, sans le vouloir quelque psychodrame, à la manière d'Agatha Christie, en essayant toujours d'éviter une issue dramatique.
Comme il n'y a pas de porte de sortie, du fait du lieu clos … le bateau devient alors un lieu idéal de sincérité et de relations humaines à leur apogée (…)  J'ai au cours de ces années navigué avec bon nombre d'équipage et nous avons toujours été très timide à nous retrouver par la suite à terre, peut-être parce que « à terre il n'est pas possible d'établir le même type de relation»
(cf : il y a plus d'un quart de siècle)


Un quart de siècle plus tard.

Un quart de siècle plus tard, je ne changerais pas un iota de ce qui est dit plus haut.
Dès leur arrivée à bord, j'avais expliqué cette situation à l'équipage et finalement la traversée s'est excellemment bien passée, il y avait à bord cette complicité unique et cette entente parfaite, qui permi de créer cette “proximité”, cette amitié toute particulière et rare qu'on ne rencontre que dans ces situations. Petit à petit, les barrières s'estompèrent et on devient une véritable équipe dans laquelle chaque individu est respecté pour ce qu'il est et ce qu'il fait. Disparaissaient alors les différences d'ages et de caractère.
En fait, à terre cette “complicité” marine que nous avons pu créer en mer, apparaitra comme génante, car inhabituelle. Lorsque les équipiers rentrent chez eux, peu de temps après, elle s'estompe alors assez rapidement .
Par contre, en restant à bord, les individualitsmes et égotismes reprenent le dessus. Plus l'harmonie était forte durant la traversée, plus on sent le besoin d'y mettre fin. On tente d'accélérer ce changement de mentalité en revendiquant sa personalité, son individualité, sa liberté. Cette “volonté d'accélération fera rejaillir certains traits psychologiques plus fondamentaux.
Du coup le skipper pourra apparaitre comme un “petit vieux, pesant et bordellique” alors que ce n'était pas du tout l'image qu'on en avait durant la traversée. Cela permet de justifier qu'il faille l'ignorer, voire l'oublier au plus vite. De la sorte on s'accapare aussi de “l'exploit”, qui cessera d'être celui de l'équipe entière, pour devenir le sien propre. On croit aussi pouvoir éviter par là, la déchirure affective de la séparation et le vide (et le chagrin) qu'elle pourrait générer.
Oh Oedipe tu n'est pas loin!
J'ai abordé ce sujet avec d'autres skippers et il me confirmèrent que ce genre de phénomène est classique et se produit très souvent une fois arrivé au terme du périple. D'où mon conseil, si vous embarquez des équipiers, terminez leur rôle rapidement après que le bateau touche terre. Au moins ainsi, le souvenir d'un équipage parfait ne sera pas entaché par une “mise à distance” tout aussi irrationelle qu'inutile.










Par: Destinations - 20.3.16

Terre en vue (par Pauline Ducept)



Sept heures du matin en Martinique, le 4 février. Ça fait quelque chose de voir une terre après vingts quatre jours d'Océan à perte de vue! Surtout être accueillie par des montagnes vertes aux pentes douces, si chaleureuses. Cette nuit la mer pour nos derniers quarts était paisible, une houle tranquille nous accompagnait. En début de nuit, j'ai fait mon quart entourée des millions d'étoiles tapissant le ciel, pas encore de bateau à l'horizon. Je reprend le quart à six heures du matin, il fait encore nuit noire. L'aube pointe le bout de son nez, laissant découvrir les couleurs de notre terre d'accueil et quelques barques de pêche à bâbord.
Soleil rougeoyant puis jaune or. Les oiseaux qui se faisaient rares sur l'océan tournoient en altitude au-dessus du bateau.
Le captain se lève, annonce "on va commencer à s'organiser pour l'arrivée" après avoir chanté sa chanson créole " Adieu marin..."

Par Pauline Ducept


Par: Destinations - 20.3.16

mercredi 16 mars 2016

Pauline Ducept : L'envers du décor.

Pauline, notre seconde équipière avait également tenu un journal de bord, voici donc un de ses articles "aigre-doux" (si je puis dire)

L’envers du décor

Dimanche 31 janvier 2016

 

Il y a deux jours, j’ai eu ma pire attaque de mal de mer : j’avais pensé que le moment était venu d’arrêter de me doper tous les matins, je n’ai donc pas pris ma demie dose du médicament du pharmacien Van Bosch... A midi, j’ai péniblement préparé trois bols de salade composée au pois chiche, concombre, cœurs de palmier et maquereau, assaisonnée de citron vert, sauce soja et huile d’olive.
Aussitôt mangée, aussitôt rendue en bouillie à Neptune. Une heure plus tard c’est l’eau que j’avais bue agrémentée de ma demi-dose que je renvoyais dans l’évier. Après ce gaspillage d’énergie, me voilà prostrée toute l’après-midi dans ma couchette, chaque mouvement du voilier secouant mon estomac essoré. Puis un empannage a eu raison de quelques spasmes me faisant sortir quelque chose comme du suc gastrique ou de la bile. Délice et volupté. Heureusement, le suppo (de Satan ?) envoyé en mission pour rétablir l’ordre interne a dû aider à calmer le jeu. Trois cuillères de riz au dîner. J’ai gardé précieusement le bol au creux de mon bras pour me donner du courage jusqu’à mon heure de quart, de trois à six heures du matin, que je ne voulais pas faire assumer à Clacla et Henri.

Trois heures du matin, Henri me secoue doucement le bras. « Je vais voir si j’arrive à me trainer jusqu’ à la toilette* ». Après cet exploit, je réussis à finir mon bol de riz et vingt minutes plus tard je suis habillée, dans le cockpit, prête à... m’y recoucher jusqu’à six heures et demie. Quelques efforts cependant toutes les vingt minutes pour faire le tour d’horizon, vérifier si le vent n’a pas forcit ou mollit et me recoucher aussitôt, la tête dans le coton, de la houle dans la tête.
Six heures trente. Encore un bol de riz salé et à l’huile d’olive avant de me recoucher. Le lendemain s’est présenté sous un bien meilleur jour : Henri à l’harmonica et moi au pandeiro, mer un peu moins houleuse, douche sur le pont, ça requinque !
*Les toilettes sont belges sur le Serendip.
Par Pauline Ducept


Par: Destinations - 16.3.16