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dimanche 27 mars 2016

Chacun sa route, chacun son chemin

Chacun sa route, chacun son chemin.


C'est curieux de voir sur les blogs de navigation, que fort peu de skippers parlent de leurs erreurs; pourtant je ne pense pas être le seul à me tromper et ce n'est pas la première fois, non plus.

Il y a une vingtaine d'année j'avais décidé d'hiverner mon bateau sur le canal reliant Anvers à Bruxelles, à Boom pour être précis. A cette époque il y avait un pont à élévateur, qui devait se lever pour laisser passer les voiliers. Le pont était actionné le week-end sur commande spéciale. Je fis donc la demande pour 10h du matin et me rendi à bord vers 9h, malheureusement le bateau était enlisé dans la vase, j'essayais par tous les moyens de le faire bouger, la montre tournait. Soudain, je vois le pont qui se lève… dans un ultiùme geste de désespoir, je met pleins gaz et le bateau se détache. Anvers nous voilà. Je passe le pont, remercie le grutier d'un geste de la main. Cinq minutes plus tard je me rend compte que je ne reconnais pas l'endroit, le canal passe au Centre d'une ville. Je hèle un passant: “Pardon Monsieur Anvers c'est bien par là?” “Non par là c'est Bruxelles”. Un brusque demi-tour me remet sur le “droit” chemin. Depuis les Frères de la Côte m'ont donné le sobriquet de “Tourneboussole” (bien mérité je dois dire.

En fait il ne faut :
- pas grand chose pour commettre une erreur; avoir la convictiond'être dans le vrai
- et pas grand chose pour l'éviter; regarder son compas, par exemple.

Transat 2016

 

 

Lors de la dernière Transat, certains se sont étonnés à juste titre de l'étrange itinéraire que j'avais pris et qui me relégua vers la fin du peloton. Je vais donc vous expliquer mes erreurs.

Quelques jours avant le départ, mon ordinateur rendi l'âme et je du l'amener à la réparation. Comme souvent dans ces cas là, le technicien efface une série de fichiers qui lui semblent superflu (qu'en sait-il ?) Mais l'ordi fut réparé en dernière minute. Nous partimes donc avec (croyais-je) une informatique déficiente et sans nous être abonné au tracking, qui devait nous livrer quotidiennement la position de tous les autres bateaux.

Je vous rappelle que l'Atlantique est une sorte d'énorme rond-point où les vents tournent autour de l'anticyclone des Açores, dans le sens des aiguilles d'une montre. Au sud les vents soufflent d'Est en Ouest et au Nord d'Ouest en Est. Cet anticyclone n'est pas toujours sur les Açores mais se déplace du Sud au Nord selon les saisons.

Traditionellement, au mois de janvier, trois routes sont possibles:
La route du Sud, qui consiste à déscendre sud jusqu'à presque les îles du Cap Vert avant de tourner vers l'ouest.

La route directe qui consiste à tracer directement sa route depuis les Canaries. Route la plus courte, mais réservée principalement aux bateaux de course.

Et la route médiane qui passe entre les deux. On descent moins Sud que le Cap vert avant de piquer sur la Martinique. Cette route aurait été favorable en janvier si il n'y avait pas Alex.


 Alex est un Ouragan qui, chose unique, s'est formé sur l' Atlantique et a touché les Açores. C'est une première pour le mois de janvier et bien entendu çà a boulversé la climatologie. Sans savoir qu'il s'appelait Alex, nous savions avant le départ que la situation serait exceptionnelle et elle le fut. Mais ne cherchons pas d'excuse, Je vous disais, qu'il suffit de la conviction d'être dans le bon pour se tromper.

En fait, nous avons pris un bon départ et par la suite nous étions le plus à l'Est des autres membres du rallye, qui (je les voyais) longeaient les côtes de l'île de Teneriffe. Mon idée à ce moment là était de faire la route Sud, mais sans pourtant aller jusqu'à Mindelo (Cap Vert); deux raisons à celà, je puis le confesser:
1. La route est plus longue et
2. Pauline souffrait très fort de mal de mer, je ne voulais pas prendre le risque de la voir débarquer ce qui compromettrait la suite de la traversée… ouf! Voilà qui est avoué.

Le lendemain matin, plus un seul bateau à notre tribord, (je vous rappelle que je n'avais pas la réception du tracking à ce moment là, pas plus que les gribs météo). Pour moi, la raison était évidente, les bateaux avaient tournés vers l'Ouest au Sud de Ténériffe, empruntant alors la route directe. La voilà la (fausse) conviction ! Fort de cette “connaissance”, je décide de ne pas faire comme eux et de ne pas tourner ver l'Ouest avant la fin de l'archipel des Canaries. Les circonstances étaient difficiles car il n'y avait pas de vent … dans ma tête j'étais donc le plus au Sud de toute la flotille.

A peine passé El Hierro, je décide donc de mettre de l'ouest dans mon Sud, afin de trouver l'alizée, (ce qui est trop tot) toujours persuadé que j'étais d'être le plus au sud de toute la flotille. J'envoie un e-mail à mon frère Serge afin qu'il me donne la position (lon lat) où commence l'alizée, mais il a difficile de me donner une position précise… Je décide donc de mettre de l'ouest dans mon Sud et me retrouve pour des journées entières encalminé, pas de vent avec une mer croisée fort inconfortable. Comme je ne voulais pas m'arrêter au Cap Vert, pour les (mauvaises) raisons mentionnées ci-dessous, je ne pouvais utiliser mon moteur à plus de 1700 tours soit une vitesse de 3nds au lieu des 5nds habituels. On se traine, on bringueballe dans tous les sens. Petit à petit, je remets l'informatique en état, je eçois donc la position ds “autres” je suis le plus au Nord (et non au Sud comme je le croyais) et l'ouragan Alex a littéralement sucé tous le vent à notre latitude.

Donc, il ne restait plus qu'à defendre notre honneur, ne pas arriver dernier… ce qui fut fait.


Par: Destinations - 27.3.16

dimanche 20 mars 2016

Psychologie des équipages arrivés.




En 1992, dans une interview au Sri Lankan Times, je disais:
« Au cours d'une traversée océanique, après quelques heures, on ne voit plus la côte. Le bateau devient alors un microcosme, un pays en soi, avec ses règles, son relationnel, , ses problèmes, ses joies et ses peines.
Aucune échapatoire possible ; 3,4 ou 5 personnes partagent le même destin, face à face, jour après jour, jouant, sans le vouloir quelque psychodrame, à la manière d'Agatha Christie, en essayant toujours d'éviter une issue dramatique.
Comme il n'y a pas de porte de sortie, du fait du lieu clos … le bateau devient alors un lieu idéal de sincérité et de relations humaines à leur apogée (…)  J'ai au cours de ces années navigué avec bon nombre d'équipage et nous avons toujours été très timide à nous retrouver par la suite à terre, peut-être parce que « à terre il n'est pas possible d'établir le même type de relation»
(cf : il y a plus d'un quart de siècle)


Un quart de siècle plus tard.

Un quart de siècle plus tard, je ne changerais pas un iota de ce qui est dit plus haut.
Dès leur arrivée à bord, j'avais expliqué cette situation à l'équipage et finalement la traversée s'est excellemment bien passée, il y avait à bord cette complicité unique et cette entente parfaite, qui permi de créer cette “proximité”, cette amitié toute particulière et rare qu'on ne rencontre que dans ces situations. Petit à petit, les barrières s'estompèrent et on devient une véritable équipe dans laquelle chaque individu est respecté pour ce qu'il est et ce qu'il fait. Disparaissaient alors les différences d'ages et de caractère.
En fait, à terre cette “complicité” marine que nous avons pu créer en mer, apparaitra comme génante, car inhabituelle. Lorsque les équipiers rentrent chez eux, peu de temps après, elle s'estompe alors assez rapidement .
Par contre, en restant à bord, les individualitsmes et égotismes reprenent le dessus. Plus l'harmonie était forte durant la traversée, plus on sent le besoin d'y mettre fin. On tente d'accélérer ce changement de mentalité en revendiquant sa personalité, son individualité, sa liberté. Cette “volonté d'accélération fera rejaillir certains traits psychologiques plus fondamentaux.
Du coup le skipper pourra apparaitre comme un “petit vieux, pesant et bordellique” alors que ce n'était pas du tout l'image qu'on en avait durant la traversée. Cela permet de justifier qu'il faille l'ignorer, voire l'oublier au plus vite. De la sorte on s'accapare aussi de “l'exploit”, qui cessera d'être celui de l'équipe entière, pour devenir le sien propre. On croit aussi pouvoir éviter par là, la déchirure affective de la séparation et le vide (et le chagrin) qu'elle pourrait générer.
Oh Oedipe tu n'est pas loin!
J'ai abordé ce sujet avec d'autres skippers et il me confirmèrent que ce genre de phénomène est classique et se produit très souvent une fois arrivé au terme du périple. D'où mon conseil, si vous embarquez des équipiers, terminez leur rôle rapidement après que le bateau touche terre. Au moins ainsi, le souvenir d'un équipage parfait ne sera pas entaché par une “mise à distance” tout aussi irrationelle qu'inutile.










Par: Destinations - 20.3.16

Terre en vue (par Pauline Ducept)



Sept heures du matin en Martinique, le 4 février. Ça fait quelque chose de voir une terre après vingts quatre jours d'Océan à perte de vue! Surtout être accueillie par des montagnes vertes aux pentes douces, si chaleureuses. Cette nuit la mer pour nos derniers quarts était paisible, une houle tranquille nous accompagnait. En début de nuit, j'ai fait mon quart entourée des millions d'étoiles tapissant le ciel, pas encore de bateau à l'horizon. Je reprend le quart à six heures du matin, il fait encore nuit noire. L'aube pointe le bout de son nez, laissant découvrir les couleurs de notre terre d'accueil et quelques barques de pêche à bâbord.
Soleil rougeoyant puis jaune or. Les oiseaux qui se faisaient rares sur l'océan tournoient en altitude au-dessus du bateau.
Le captain se lève, annonce "on va commencer à s'organiser pour l'arrivée" après avoir chanté sa chanson créole " Adieu marin..."

Par Pauline Ducept


Par: Destinations - 20.3.16

mercredi 16 mars 2016

Pauline Ducept : L'envers du décor.

Pauline, notre seconde équipière avait également tenu un journal de bord, voici donc un de ses articles "aigre-doux" (si je puis dire)

L’envers du décor

Dimanche 31 janvier 2016

 

Il y a deux jours, j’ai eu ma pire attaque de mal de mer : j’avais pensé que le moment était venu d’arrêter de me doper tous les matins, je n’ai donc pas pris ma demie dose du médicament du pharmacien Van Bosch... A midi, j’ai péniblement préparé trois bols de salade composée au pois chiche, concombre, cœurs de palmier et maquereau, assaisonnée de citron vert, sauce soja et huile d’olive.
Aussitôt mangée, aussitôt rendue en bouillie à Neptune. Une heure plus tard c’est l’eau que j’avais bue agrémentée de ma demi-dose que je renvoyais dans l’évier. Après ce gaspillage d’énergie, me voilà prostrée toute l’après-midi dans ma couchette, chaque mouvement du voilier secouant mon estomac essoré. Puis un empannage a eu raison de quelques spasmes me faisant sortir quelque chose comme du suc gastrique ou de la bile. Délice et volupté. Heureusement, le suppo (de Satan ?) envoyé en mission pour rétablir l’ordre interne a dû aider à calmer le jeu. Trois cuillères de riz au dîner. J’ai gardé précieusement le bol au creux de mon bras pour me donner du courage jusqu’à mon heure de quart, de trois à six heures du matin, que je ne voulais pas faire assumer à Clacla et Henri.

Trois heures du matin, Henri me secoue doucement le bras. « Je vais voir si j’arrive à me trainer jusqu’ à la toilette* ». Après cet exploit, je réussis à finir mon bol de riz et vingt minutes plus tard je suis habillée, dans le cockpit, prête à... m’y recoucher jusqu’à six heures et demie. Quelques efforts cependant toutes les vingt minutes pour faire le tour d’horizon, vérifier si le vent n’a pas forcit ou mollit et me recoucher aussitôt, la tête dans le coton, de la houle dans la tête.
Six heures trente. Encore un bol de riz salé et à l’huile d’olive avant de me recoucher. Le lendemain s’est présenté sous un bien meilleur jour : Henri à l’harmonica et moi au pandeiro, mer un peu moins houleuse, douche sur le pont, ça requinque !
*Les toilettes sont belges sur le Serendip.
Par Pauline Ducept


Par: Destinations - 16.3.16

dimanche 14 février 2016

Logbook du traceur

Au cours de notre Transat, nous envoyions quasi quotidiennement des SMS à un site de tracking, qui portait notre position sur la carte et y postait nos commentaires. Pour ceux qui n'ont pas eu l'occasion de les lire, voici rassemblés ces petits textos quotidiens. Mais une transat est avant tout une aventure humaine; à ce sujet j'en dirai plus dans des articles suivants.



09/01/2016 15:43

28° 15,350'N 16° 15,695'W
Beau départ, premier à franchir la ligne. Magnifique mer, bon vent. Tout le monde est la au "top" ... et en plus on pêche.

10/01/2016 19:45
27° 30,950'N 17° 32,517'W
Très peu de vent, première nuit de quart pour Clarisse et Pauline. On ecoute Dylan, tout va bien mais lentement, on ne veut pas épuiser le diesel dès les premiers jours.

11/01/2016 16:41
26° 25,111'N 18° 43,882'W
Enfin le vent (12-15nd d'est). Nous filons à 5.5 nd vers le SW, afin de trouver le vrai Alizée. Conditions excellentes, mais premieres gerbes ... c'est le bouquet

12/01/2016 19:05
24° 54,270'N 20° 36,580'W
Le vent a forci, la mer aussi. Les vagues tentent de faire des croche-pieds à Serendip, celui-ci s'en moque et continue sa route. Equipières très courageuses continuent à nourrir les poissons

13/01/2016 18:48
24° 08,437'N 22° 04,504'W
Matinée un peu agitée avec de gros gras grands grains (vent allant jusqu'à 38 nds). Après-midi plus clémente, premières douches d'eau salée sur le pont, Tout le monde va bien.

14/01/2016 19:06
23° 31,440'N 23° 38,500'W
Notre entrée dans les tropiques fut célébrée dignement dans la plus pure tradition. Un petit thon mordit a la ligne mais se détacha. Plus tard une horde de dauphins jouèrent avec notre sillage une demi heure durant. On va bien mais pas vite.

15/01/2016 18:55
22° 50,206'N 24° 56,016'W
Vents faibles, sommes obligés de faire beaucoup de moteur. avons mis le genois et le spi que nous a prêté Colin (de Persevere). Pauline nous prépare un gateau aux pommes et Henri fait des ananas flambés au rhum. Mmmmmm .

16/01/2016 17:40
22° 25,680'N 26° 21,930'W
Enfin l'alizée, trop faible à notre goût. Mais avec le genois sur un bord et notre petit spinnaker de l'autre, Serendip trace une route pas trop mauvaise, nous plaçant en bonne position parmi les autres concurrents.

17/01/2016 18:45
22° 06,380'N 28° 29,240'W
Les vents nous permettent un grand largue mais la mer et agitée. Nuit inconfortable. avons pris une bonite de 3.5 kg,préparée à la tahitienne pour le midi. Pauline est notre boulangère-pâtissière et Clarisse devient maître de manoeuvre. Le bonheur quoi!

18/01/2016 20:04
21° 57,200'N 30° 29,140'W
Toujours au grand largue, les filles ont pris leur première leçon de sextant. Serie noire: durant la nuit, les feux de position se sont arrêtés de fonctionner. On a mis un feu de secours,mais l'ecoute de spi l'a balancé à l'eau ...j'ai passé la journée a essayer de reparer mais sans succès.... pour l'instant.

19/01/2016 17:41
21° 55,030'N 32° 08,910'W
Poussé par l'alizé on avance à un train de sénateur. Comme les autres ne sont pas beaucoup plus rapide on reste à la 6e position. Avons croisé un couple de baleines. Pour le reste, un peu de casse à et là.

20/01/2016 18:31
21° 30,410'N 34° 05,020'W
Mer belle, nous marchons au cap 244. Nuit dernière agitée, mais bonne moyenne.La routine alizéenne s'installe. Plus "que" 1500 Mn jusqu'à la martinique (nous en avions 2630 au départ.)

21/01/2016 20:32
20° 10,000'N 35° 46,300'W
Sur conseils de nos routeurs et des gribs, faisons route plus vers le sud (SW pour être exact), de sorte à avoir plus de vent. Trois baleines ont croisé notre sillage. Hier soir nous avons repeint le carré avec les poires Belle Hélène qui ne voulaient pas rester dans les assiettes. Pour dire que nous menons une vie agitée

22/01/2016 19:48
19° 03,250'N 37° 16,600'W
Journée Zen, premiers bains de mer au milieu de l'Atlantique (tenu par un cordage), excellent clafoutis aux poires pour le goûter. Le bonheur tient a peu de choses.

23/01/2016 19:13
19° 10,760'N 38° 57,820'W
A 11h14 nous avons franchi la mi-route, qui comme tout le monde le sait est un point de non-retour. Tout va bien à bord.

24/01/2016 18:44
19° 08,940'N 41° 13,344'W
Mer croisée et forte nous secoue dans tous les sens, mais le vent nous permet de jolies pointes jusqu'a 7,8nds. Moyenne journalière approchant les 130Mn

25/01/2016 17:49
18° 06,230'N 43° 00,980'W
La mer ne s'est pas calmée, a l'intérieur cela ressemble a un shaker ou une. machine a laver. On rattrape ce qui tombe mais le on continue a faire une bonne vitesse en prenant une route plus au sud (SW pour être précis) idéalement, on cherche à se trouver a 160 degrés du vent apparent.

26/01/2016 18:03
17° 48,880'N 45° 12,540'W
Toujours cette mer croisée,mais toujours aussi une bonne vitesse avec 132MN pour les dernières 24h. On tient bon, même si les autres participants sont en majorité devant nous

27/01/2016 17:46
17° 26,260'N 47° 17,530'W
Après un excellent déjeuner mexicain: tortilla au tomates et poivrons, nous avons traversé une mer d'algues jaunes, nous rappelant les Sargasses des aventures de Bob Morane.

29/01/2016 17:31
16° 04,300'N 51° 07,200'W
Mer et vents se sont calmés un peu, il fait 30 degrés celsius. Tout le monde va bien, mais s'impatiente d'arriver ( le 3,4 ou 5 février)

30/01/2016 18:32
15° 11,487'N 52° 50,357'W
Lever de lune tardif dans la brume. Avons croisé un pétrolier (le premier depuis des semaines) et ... un rustique radeau de bois inhabité. On s'approche de la terre des hommes.

31/01/2016 18:44
14° 23,370'N 54° 40,300'W
La chaleur et quelques grains laissent présager que nous nous approchons des îles. Trois frégates virevoltent autour de Serendip

01/02/2016 20:16
14° 56,000'N 56° 35,370'W
Les journées deviennent longue, car nous voudrions être déjà là. Un poisson volant a assailli le skipper... quel manque de savoir-vivre !

02/02/2016 18:58
14° 16,700'N 58° 06,450'W
Nous arriverons probablement le 4 en début d'après-midi, juste à temps pour le cocktail final. A bord on devient impatient d'autant plus qu'il fait une chaleur tropicale et que le frigo ne marche plus.

04/02/2016 20:51
14° 28,080'N 60° 51,930'W
Bien arrivé à la Martinique, on s'est tous retrouvés dans un restaurant avec les autres participants du rallye... ils nous ont fait une ovation qui nous a bord fort ému. La page est tournée, quoi d'autre à présent ?




Par: Destinations - 14.2.16

samedi 9 janvier 2016

Le grand départ

Après une réunion avec Jimmy Cornell, une magnifique réception au, non
moins magnifique, yacht club de Tenerife, une soirée prolongée sur le
Symphony de nos voisins de ponton, nous avons réussi à prendre un peu de
sommeil pour le départ du lendemain.


A 10h30, à notre grande surprise, la télévision locale et une nuée
(quatre) de photographes viennent vers nous, interview, prises de vues
et soudain on se sent "important"... mais il ne faut pas se laisser
emballer; à 11h15 on lache les amarres. Nos voisins viennent nous saluer
en d'épais peignoirs éponges... on échange quelques plaisanteries,
histoire de montrer qu'on n'est pas sous l'émotion, mais on est au bord
des larmes de joies devant toute la gentillesse de ces inconnus qui se
sont déplacés jusqu'au boût du môle pour nous dire au revoir.

Au revoir Tenerife, nous reviendrons dans tes murs c'est promis. On se
prépare pour un départ, style grande régate. Il faut dire qu'il y a dans
ce rallye de grosses pointures: un équipier de la coupe de l'America, un
de la Volvo Race et un autre régatier en classe J. Serendip est le plus
petit des bateaux du lot et je ne serais pas trop étonné s'il arrivera
bon dernier; en compensation je décide de prendre un bon départ... ce
fut le cas puisque nous avons franchi la ligne en premier, devant Persevere.

On avait prévu la calmasse, en réalité il y avait un force 3 au travers,
avec une mer plate, on se régale, même si quelques heures plus tard on
est, comme prévu, les bons derniers du lot. Mais, rapellons-le ce n'est
pas une course.

Je serai bientot hors zone de toute communication, mon prochain message,
vous parviendra donc de la Martinique.

Merci à ceux qui m'ont soutenus, plus particulièrement à Lydia, ma
compagne de vie, qui malheureusement n'a pas pu m'accompagner.

Henri
Par: Destinations - 9.1.16

vendredi 1 janvier 2016

Re: Aurons-nous le Temps ?

Cela pourrait paraitre une question métaphysique fondamentale, mais, en réalité, ce dont je veux vous parler, ce n'est pas le temps chronologique, mais le temps météorologique. Bref_ une invite à parler ... de la pluie et du beau temps.
Lorsque nous serons à voguer quelque part au milieu de l'océan, de quoi disposons-nous pour prédire le temps qui va ou non nous "tomber dessus"  ou sur quoi baser notre tactique de route ?

Les données climatologiques.

Un capitaine Britannique, de la fin du XVIIeS, le Capitaine Maury, eu la mauvaise idée de se casser la jambe, il ne s'en est pas bien remis et ne pouvait plus naviguer. Il fut muté à l'Amirauté britannique et eu l'idée de porter sur des cartes les observations et mesures météorologiques relevées sur les différents navires. Les Pilot Charts étaient nées. Depuis on continue à les affinées et la marine marchande américaine y collabore également. On a donc une statistique des vents dominants, des températures moyennes, des limites des glaces, du risque de tempêtes et de calmes, portés sur des cartes mensuelles.
I l y a quelques années Jimmy Cornell (celui avec qui nous faisons le rallye) a constaté que ces pilots charts étaient parfois inexactes, du fait des changements climatiques part, mais aussi parce que les voiliers de plaisances utilisent des routes peu fréquentées par la marine marchande (pour éviter les collisions notamment). Il entreprit donc, avec son fils Ivan, de collationner les données météo satellites des 15 dernières années et des se baser sur elles pour établir de nouvelles cartes plus adaptées à la grande croisière en voilier et plus précises, dit-il.
A bord de Serendip nous utilisons les deux systèmes de pilot chart.

Les prévisions "automatiques" (les GRIBS)

Il y a aujourd'hui sur terre des milliers de stations de relèvement météorologique, sur l'océan, en mer, ce sont des bouées, qui envoient leurs données à des ordinateurs qui les intègrent des modèles leur permettant de prévoir la situation météorologique suivante. Il s'agit donc de prévisions automatisée sans interventions humaines. Ce dernier facteur est important car dans certains cas, le modèle prévisionnel manque de finesse et surtout de connaissances locales, par exemple: l'influence de certains reliefs sur la force du vent.
Toujours est=il qu'il est possible d'accéder sur le web à ces cartes Grib. Une belle réalisation de ces cartes se trouve sur le site http://windyty.com
allez voir vous comprendrez mieux le temps que nous avons et pourquoi les bateaux vont d'abord Sud=Ouest avant de tourner vers l'ouest on peut obtenir des documents (dossiers attachés), gratuitement, sur simple requête par e-mail. Par exemple il suffit de leur envoyer un mail avec "send met.2" pour obtenir une prévision météo pour l'Atlantique Est, zone météo numéro deux.

L'observation et la mesure


A part tout cela, Serendip dispose a bord d'un anémomètre pour mesurer la force du vent et d'un baromètre enregistreur pour visualiser l'évolution de la pression atmosphérique, si on y ajoute l'observation du ciel et des nuages, on peut avoir une bonne prévision à court terme

Comment s'effectuera la traversée.

Ou plutôt, "comment devrait-elle s'effectuer ?" . Les anglo?saxons relatent la chose en utilisant la métaphore du paquet de beurre. On prend un paquet de beurre des Canaries et on le met sur le pont. On quitte les canaries en faisant une route Sud. Lorsque la motte de beurre est fondue (car il fera plus chaud), on vire à droite pour prendre une route Ouest où on se laissera porté par les alizés. Autrement dit on va vers le sud ou le sud-ouest, jusqu'à trouver l'alizé; en suite on prend ouest.
Serons-nous bientôt "à l'ouest" l'avenir nous le dira, d'ici là bonne année 2016 à vous tous.















Par: Destinations - 1.1.16

mercredi 23 décembre 2015

Quatre à quatre

Considérations aqueuses N°2.


Voilà, nous seront donc quatre à entreprendre une traversée océanique de plus de trois semaines. Ce sera ma première traversée en tant que skipper c'est à dire en tant que gestionnaire du bateau. Il faut aussi savoir que dans une de  mes traversées océaniques précédente, il y a plus de 30 ans, à cinq jours de l'arrivée nous n'avions plus d'eau... c'est très désagréable.

Est-ce pour cette raison que l'eau est donc mon soucis premier depuis le début de la  préparation de ce voyage, il y a un an déjà ? J'avais prévu une situation confortable pour une transat à deux, acceptable pour une transat à trois... mais à quatre le problème se complique. Je vous invite donc à faire un petit calcul avec moi.

Arthmétique

On commence à être confortable à 10 litres par personne par jour et on considère que 5 litres est un minimum.
  Serendip contient 380 litres d'eau, mais avec les pertes éventuelles (réservoirs se vidant incomplètement, petites fuites etc...)  il est prudent de considérer que nous disposons effectivement de 350 litres.

La traversée dure 21 à 25 jours, avec les impondérables,  on se base sur  30 Jours.

Un peu d'arithmétique donc :
4 personnes utilisant 5litres d'eau/jour  = 20 litres/jour soit pour trente jours: 20x30= 600 litres (près du double de la contenance de nos  réservoirs. Il faudra donc ajouter de l'eau.

Les boissons.


On pense acheter au moins 2 litres/personnes par jour de boissons diverses soit 240 litres. Qui se répartiront en 180 litres d'eau minérale et 60 litres de boissons diverses (cocas, jus de fruits lait etc....). Déjà on ne mourra pas de soif. Il nous restera donc, dans nos réservoirs,  3litres par personne par jour, pour ...  le reste: c'est à dire se laver, la cuisine et le ménage. Ce qui n'est pas vraiment beaucoup.

Se laver 

Plusieurs moyens permettent d'économiser nos besoins d'eau:
  1. se laver à l'eau de mer en se rappelant que les gels de douchent moussent mieux que les savons dans l'eau salée. On pourra donc soit s'aroser avec un seau, soit prendre un bain en s'attachant au bateau (uniquement possible dans le petit temps.
  2.  utiliser des lingettes imprégnées pour bébés,
  3. Utiliser un brumisateur de jardin pour se doucher à l'eau douce. Cette méthode permet en utilisant qu'un seul litre d'eau, de se doucher durant plusieurs minutes... et si on a laissé le spray au soleil, on a de l'eau chaude.
  4. utiliser un gant de toilette et mettre un peu d'eau dans le lavabo.
  5. pour se laver les dents plutôt que d'arroser la brosse à dent pour la mouiller en mettant tout à côté, on prend un peu d'eau en bouche et le tour est joué. Idem pour rincer la brosse après usage.
reste, que pour se laver les mains etc... on utilisera encore et tout de même de l'eau douce.

Faire la cuisine

On peut économiser l'eau en utilisant quelques trucs:
a) une cocote minute (à vapeur) peut utiliser de l'eau de mer pour faire cuire les légumes.
b) les pâtes peuvent se cuire dans 1/4 d'eau de mer et 3:4 d'eau douce.
c) on peut cuire des pâtes (encore) façon rizotto, en les faisant d'abord revenir dans de l'huile et puis en les cuisant par absorption, tout juste recouverte d'eau.
d) La vaisselle se fait à l'eau de mer, suivie d'un rinçage par vaporisatiion d'eau douce.

Faire le ménage.

Le pont se lave à l'eau de mer, par contre à l'intérieur on utilisera uniquement de l'eau douce. En effet, le sel étant hydrophile, il attire l'eau et l'humidité, rendant un bateau, mal aéré en situation de croisière, très inconfortable.

Voila donc les réflexions qui m'occupent à deux semaines du départ. Je viens de commander 20 bouteilles d'eau de 8 litres, histoire de voir la place que ça prendra. J'y ajouterai sur le pont 4 jerrycan de 30 litres.

Donc voici le bilan:
Réservoirs du bateau : 350litres
Boissons:                        240litres
Jerrycans extérieurs:     120 litres

Soit au total 710 litres .... ça devrait aller.

Henri

 
Par: Destinations - 23.12.15

dimanche 20 décembre 2015

La Crepiere

Voilà c'est décidé, je traverse quand même. C'est vite dit, mais je doit dire que la réflexion était longue et en plus il me fallait trouver un équipage. Me voilà donc prêt à embarquer trois jeunes équipière très motivées mais.. peu expérimentées. J'avais prévu deux et finalement ce sera trois, n'ayant pas le courage de dire à Clarisse qu'elle ne pourrait pas venir. Et me voilà donc entrain de me poser les questions d'usage : où vais-je faire dormir ces trois demoiselles? où vais-je ranger les 250 litres de boissons diverses à emporter pour un tel voyage? Aurons-nous assez d'eau? ...

Le port qui s'était vidé des bateaux voulant arriver avant les fêtes, se rempli à nouveau. J'ai à présent comme voisin un joli petit bateau de 8m à peine avec à son bord quatre jeunes bretons d'une vingtaine d'année... enfin quand je dis "à son bord" je veux dire à "l'intérieur du bateau"; puisque tous les soirs leurs pont accueille encore trois ou quatre bateau-stoppeurs désargentés. Je  les observe, ils ont l'air parfaitement heureux et semblent bien s'entendre avec les jeunes bateau-stoppeurs avec qui ils partagent non seulement le gite, mais aussi le couvert.

Et tout ce monde de s'amuser et de jouer du oukoulele ou de ces petites guitares typiquement canarienne.

C'était vendredi dernier, je crois, le skipper de ce petit bateau en contreplaqué, m'invite à venir manger des crèpes, à la terasse WiFi.  Cette terrasse est le hau lieu de rencontre des "stoppeurs" leur salle de jeu, salle à manger ou même dortoir. Comme je l'avais déjà dit c'est à part celà un endroit sans charme, avec une lumière faiblarde mais qui présente deux avantages:

Un, Il y a un toit et
Deux le Wifi y est gratuit
 
Que peut-on rêver de plus quand on est jeune et qu'on rêve de trouver un voilier pour nous emporter au Brésil de nos rêves. Vers les dix heures du soir je me décide donc d'aller à la terrase Wifi pour voir mes voisins et leur ... crèpes. Ils m'avaient dit qu'ils avaient une crèpière, moi j'imaginais une petite téfal comme on en vend dans les magasins d'electro-ménager ... et bien non je les retrouve avec une crèpière au gaz grand modèle professionel comme elles qu'on retrouve dans les rues et foires de France et de Navarre. Voila donc nos bretons, à offrir des crèpes et galettes à tout le port... Tout celà gracieusement, dans un élan de générosité.

Je me dis que moi avec mon "grand" bateau j'estime manquer de place pour le strict nécessaire et eux, sur leur petit bateau en bois se permettent de consacrer un coffre entier à ranger une énorme crèpière qui leur sert uniquement à être généreux et gentil.... Il me reste beaucoup à apprendre en matière de bateau.


Par: Destinations - 20.12.15

lundi 30 novembre 2015

Plume et Alyse

C'était vendredi, la veille de mon départ en avion vers la Belgique où je voulais passer quelque jours pour voir"les miens". Le soir tombait avec son fond de fraicheur (18°C, pas de quoi se plaindre) et je m'étais fort affairé dans la journée à redonner à mon bateau un aspect plus présentable pour les quelques jours où il serait laissé à lui-même. Autour de moi, mes voisins s'en allaient les uns après les autres vers "les îles" une ambiance un peu étrange faite de préparatifs de dernières minutes ponctués par la joie de réaliser son rêve.

Combien de fois ai-je entendu la même réponse à ma question:
- Cà va ? Tu es prêt ?
- Non mais je pars quand même... sinon on ne part jamais.

Moi mon départ du lendemain était plutôt un retour momentané.

Toujours est-il, que je décidai ce dernier soir d'aller manger quelques "Pinchos" dans un resto basque pas très loin de la Marina de Santa Cruz. Je ne vous avais pas dit, mais la marina est en plein chantier et pour aller en ville on est obligé de traverser une autoroute urbaine par un pont situé près du terminal des Ferrys, un détour d'un bon kilomètre. Donc "pas très loin" implique tout de même une marche digestive d'une bonne demi-heure.

La Capitainerie de la marina est un petit bâtiment qui contient les bureaux, les douches, une buanderie et une terrasse couverte, seul endroit du port où les plaisanciers peuvent bénéficier du WiFi gratuit; c'est donc un peu un lieu de rencontre des marins situé entre chantier, parking et ... poubelles. Mais un lieu "en devenir" plein de promesses d'un port accueillant. Passant le long de la terrasse couverte, j'entendis y monter une musique un peu celtique (croyais-je), quelqu'un aurait-il mis le volume de son ordinateur un peu fort ?

Assises autour d'une table deux jeunes-femmes jouaient l'une du violon  et l'autre d'un magnifique accordéon diatonique tout en bois, la musique était vivante, comme était vivante leur expression faciale, les yeux fermé, livrées totalement à leur passion musicale presque irréelle dans ce lieu improbable destiné plutôt à commander des pièces de rechanges ou à skyper quelque au revoir à ses proches. Le rythme me faisait penser au bruit des vagues.

Je n'était pas le seul à assister au spectacle, un français vint avec une guitare, il y avait un jeune malouin, qui partirait 2jours plus tard vers les Antilles et un Capitaine de pétrolier à la retraite, marin lui aussi. Sur la table une grande assiette avec une sorte de guacamole au beurre aillé et un pain rond et plat qui, parait-il, venait de Madère.

Entre deux morceaux de musique Thomas (je ne suis pas sûr que c'était son prénom...mais appelons le comme cela) le jeune Malouin, m'explique qu'il avait rencontré ces deux musiciennes à Funchal et qu'elles cherchaient un embarquement vers les Canaries, mais que lui continuerait seul à bord de son Trismus 37 ce dimanche...autrement dit ces deux dames seraient à la rue. Personnellement je partais le lendemain à 6 heures de matin... Quand soudain me vint une  idée : "Pourquoi ne logeriez vous pas à mon bord, jusqu'à ce que vous ayez trouvé un embarquement qui vous convienne. Elles sont enchantées on se tutoie, elles se présentent: "Je m'appelle Plume"...  "et moi Alyse" (authentique). Voilà donc ces sirènes qui ont un prénom. Jusqu'à tard dans la nuit nous avons joué de la musique (j'ai été chercher mes harmonicas). Je leur ai remis les clés pour qu'elles puissent rejoindre   Serendip le lendemain. Probablement quand je reviendrai elles auront quitté le bord... qui sait peut-être se reverra-t-on au détour de quelque croisière ... ou pas. Mais je suis sûr que je n'oublierai pas de sitôt cette musique, comme le bruit des vagues sur la côte bretonne.
Par: Destinations - 30.11.15

dimanche 22 novembre 2015

La Disparition de Serendip.


Il faut dire que j'étais un peu "sonné" et mon équipier débutant, Ricardo, ne pouvait que difficilement faire face. Toujours est-il que je me retrouvait quasi sans véritable équipage à devoir retourner sur mes pas, c'est à dire de rentrer de la Gomera vers l'île de Tenerife. 

J'aurais pu et sans doute aurais-je préféré effectuer la dernière étape de notre Odyssée Canarienne (La Gomera - La Palma), mais il me semblait plus sage de rebrousser le chemin et de retourner vers Tenerife. Le rêve se diluait un peu plus: plus de fin d'Odyssée aux Canaries, plus de Cap Vert, plus d'Atlantique . C'est dans cet état d'esprit que je décidais de rejoindre d'abord le Sud de Tenerife pour ensuite aller à Santa Cruz, capitale de l'île qui présente l'avantage de bien des capitales, avec son port situé en plein centre ville, d'être un excellent refuge à ma solitude nouvelle.

Marina San Miguel

Pour le Sud la "Marina San Miguel" me fut conseillée. Après avoir téléphoné pour voir s'il y avait de la place. "No problem" fut la réponse. Me voilà donc, accompagné de Ricardo, à me diriger vers le dit port après une traversée sans problèmes par un inhabituel vent du Sud. Il apparut bien vite que le "No problem" serait un "big problem" du début à la fin.

D'abord il n'y avait pas de place, on m'enjoignit de mettre à couple avec un grand voilier anglais. A  peine amarré, le propriétaire dudit bateau me signale qu'il devra quitter la place lundi, son bateau devant être sorti de l'eau. Or on était samedi et j'avais rendez-vous avec mon frère Serge, qui m'avait réservé un hotel à l'île de La Palma pour quatre nuit. J'appelle le marinero qui visiblement est en situation conflictuelle avec la direction. Il m'explique que le capitaine du port les oblige d'accepter tous les bateaux qui se présentent, mais qu'en fait il n'y a pas d'autres places, je lui explique, que j'ai un ferry qui m'attend demain et que lundi je ne serais donc pas présent pour bouger le bateau et que Ricardo, mon équpier n'en est pas vraiment capable. A force de négociation j'obtiens une place "normale", le dimanche matin, à une heure de mon départ pour le port de Los Cristianos, d'où partait le ferry pour La Palma. Je passe sur mon séjour à la Palma et sur les retrouvailles avec mon frère et avecmes potes participants au Rallye.

Quatre jours plus tard, (le Jeudi, tôt dans la matinée), je suis de retour à San Miguel et Ricardo m'annonce qu'il a trouvé un embarquement pour les Antilles et ... que ce bateau partirait le dimanche suivant. Je suis content pour lui, mais il s'était engagé à m'accompagner jusqu'à Santa Cruz. Il ne restait donc que trois jours, c'est peu, vu la météo peu favorable.
La route de San Miguel à Santa Cruz est NNW, or le vent est à présent NNE. Il faudra donc faire un près très serré, aidé par le moteur, un peu faiblard. Je prend la décision de partir le lendemain, malgré les 25 nd annoncés. Nous voilà donc à affronter le vent, les vagues. Courageux Serendip se comporte assez bien mais le moteur ne permet pas d'étaler convenablement. Tout irait mieux passé "la Montagne Jaune" . Celle-ci fut passée mais la mer restait toujours aussi inhospitalière... les vagues se succédaient à moins de quatre secondes, raides, courtes, dressant mur de presque 2m à notre proue, freinant sec le bateau. Devant nous une cheminée d'usine ; "après la cheminée çà ira mieux ..." il n'en fut rien, je tentai de prendre le cap direct vers Santa Cruz, mais dans cette mer nous n'avancions presque plus, un nœud à peine...la perspective de faire 40h de route dans ces conditions ne m'enthousiasma pas. Après trois heures de peine, nous fîmes demi-tour, cette fois ci poussé par le vent. Il nous  fallu  moins d'une heure pour retourner a ... San Miguel. On réessayera le lendemain mais plus tôt dans la matinée.

Le lendemain deuxième sortie avec Ricardo, mais  même résultat, nous fûmes contraints de rebrousser chemin. Une semaine plus tard, avec un nouvel équipier Sylvan, j'obtins le même résultat... j'étais prisonnier de San Miguel.

C'est alors que je rencontrai Mathieu, un skipper gantois, qui barrait un ancien bateau de course, construit, paraît-il, pour la course hauturière Sydney-Hobard. Il venait de déchiré son génois et avait besoin d'argent... je lui proposai de barrer mon bateau pour l'amener à Santa Cruz (ou si impossible à Las Palmas de Gran Canaria). Je ne l'accompagerai pas pour lui laisser toute liberté à ses décisions. Le lendemain le voilà donc parti avec Sylvan vers Santa Cruz. Il était convenu, qu'il m'envoie à 11H un SMS pour me dire où il irait. Passent 11heures, passe midi, pas de SMS. Je décide de prendre tout de même le bus pour Santa Cruz de façon à les accueillir.  Vers 17h, je suis à la Darsena Persquera de Santa Cruz à les attendre. Le temps de finir un roman prèté par mon frère, Serendip n'est toujours pas là et je n'ai toujours pas reçu de SMS.

Dans des situations comme celles-là, on se pose toute sorte de questions on s'imagine toute sortes de scénarios: "le numéros de téléphone que je leur ai donné est erroné", "le bateau et en difficulté", "coulé..." , "volé.."  et puis une étincelle :"ils ont peut-être aussi rebroussé chemin et sont à San Miguel ... maudit San Miguel qui comme une hydre antique retient les bateaux dans ses rets!!!". Il faut en avoir le coeur net.

Je saisi mon téléphone,  appelle la Capitainerie de San Miguel et demande si, par hasard, Serendip n'était pas retourné dans le port, la réponse est : « oui ». Je  redemande "Serendip se trouve donc dans votre port ?" - "Affirmatif !, le bateau est là". Heureux je me précipite vers la station d'autobus et saute (façon de parler) dans le premier autobus vers le Sud, Vers 21h, je suis au port de San Miguel Cruz. Je vois un marinero raleur et lui demande où se trouve mon bateau "Je n'en sais rien, il y a trop de bateau" dit-il laconiquement... J'arpente donc les pontons à la recherche du bateau diparu....pas de bateau, le Capitine de port a une fois de plus raconté n'importe quoi. Il commence à faire nuit et il fait froid... Où vais je pouvoir dormir ? En sillonant les pontons, je rencontre quelques skippers: "j'ai perdu mon bateau, n'auriez-vous pas une banette pour la nuit..."  Beaucpoup de refus et beaucoup d'incrédulité, "quel est cet imbécile qui confie son bateau à un parfait étranger, fût-il gantois, fût-il barreur d'un antique bateau de course ?" Mais mon histoire amusa sans doute Sara et Seb qui m'ouvrirent leur cabine avant et permirent de me reposer. Sur les coups de 23h, un appel téléphonique de Mathieu: « Nous sommes à la darsena pesquera (comme prévu), on a mis quinze heures… nous n'avions pas de GSM… tout va bien » … et oui tout va bien ! Le lendemain je rejoins donc le bateau disparu pour l'emmener vers un port plus digne de lui : Marina Santa Cruz here I am.

Par: Destinations - 22.11.15

lundi 19 octobre 2015

Lanzarote, lieu de vie du minéral

( vu , ressenti et écrit par Lydia L)

 

Cette petite île est particulièrement surprenante par la rencontre  entre un artiste  César Manrique et l'énergie volcanique omniprésente.

Le plus spectaculaire est que cet artiste architecte a transformé des bulles d'air prisonnières sous la lave et les conduits des cheminées volcaniques en espaces de vie ou de rencontre. Que ce soit Jamos de agua ou  dans la fondation Manrique , on se promène dans un salon ou dans une salle de bain ,  une discothèque ou  une cafétéria  aménagés  sous les coulées .C'est  une expérience absolument unique .Nous avons l'impression de nous retrouver presque dans ce lieu fœtal. Toutes personnes qui s'y promènent sont silencieuses .









 

En outre , Manrique fait dialoguer la peinture blanche des murs , les pierres noires de lave et la verdure des cactus ou autres plantes. C'est un leitmotiv qui scande tous les lieux où il est passé et qui  fait naître en moi des émotions originelles .Lanzarote est bien un lieu de l'apaisement et de la quiétude.
Les photos vous permettront de vous faire une idée  plus précise que tout ce que je pourrais formuler . 

Nous avons visité au sud de l'île  le parc naturel  de volcans .Là aussi c'est une rencontre tout à fait originale car aucun volcan ne ressemble à ceux que j'ai visités.Habituellement , un grand volcan s'élève énorme et solitaire . Ici ce sont dizaines de cônes de toutes couleurs, vert émeraude, rouges , bruns  qui émergent avec des formes assez régulières,  parfois se finissent en des cratères déchiquetés.





 
Quand on les admire , ils laissent toujours entrevoir  un petit coin de mer turquoise dans le lointain .
En certains endroits la terre chauffe sous les pieds .

Cette semaine nous préparons le rallye avec l'équipe de Jimmy Cornell : réunions d'information et conseils pour la navigation , soirées festives ... Samedi départ pour Fuerteventura... A bientôt .

Par: Destinations - 19.10.15